Nouvelles de Statistique Canada : Le programme de Données rapides : le véhicule parfait pour répondre aux besoins urgents en données

le 13 septembre 2019 à 13:47
Pierre Lavallée

Chers lecteurs, dans cette édition du Convergence, je partage avec vous l’existence et les bienfaits du programme de Données rapides de Statistique Canada, conçu en 2017, afin d’équiper l’agence d’un véhicule d’enquêtes adapté qui permet de réduire le temps d’attente entre la conception de l’enquête et la diffusion des données, pour ainsi fournir rapidement aux utilisateurs et aux décideurs plus d’information pertinente à la prise de décision lors d’une situation urgente ou pour des enjeux émergents. Je remercie ma collègue Catherine Deshaies-Moreault, méthodologiste impliquée dans le programme Données rapide, qui a grandement contribué à la rédaction de cet article. Bonne lecture !

Dans le cadre de la modernisation à Statistique Canada, les programmes statistiques évoluent afin de préserver leur pertinence et d’améliorer l’actualité des données publiées. La société est en constante évolution, et l’obtention de statistiques actuelles permet de prendre des décisions éclairées rapidement face à des situations émergentes. Certains outils font partie intégrante d’enquêtes de Statistique Canada, tels que les échantillons supplémentaires de l’Enquête sur la population active et les modules de réponses rapides de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes. Ces outils permettent aux organismes intéressés d’ajouter quelques questions à l’une de ces deux enquêtes menées sur une base régulière par l’agence. Une autre des récentes initiatives de Statistique Canada s’ajoute à ces options dans le but de produire des statistiques encore plus actuelles : le programme des Données rapides.

Le programme des Données rapides permet de répondre aux besoins urgents en données des différents ministères et organismes. Ainsi, une enquête complète — développement, collecte de données et publication — est réalisée en seulement quatre mois. Le succès du programme repose sur un processus d’enquête simplifié et un travail d’équipe efficace. En effet, le questionnaire comporte un contenu limité (habituellement 15 questions) accompagné de questions démographiques standards. D’une enquête à l’autre, on tente de conserver les mêmes processus opérationnels et une méthodologie similaire afin de maximiser les gains d’efficience. Les produits publiés incluent un article discutant des résultats de l’enquête ainsi qu’une infographie résumant les faits saillants. Une enquête typique menée sous ce programme permet d’obtenir des estimations de qualité au niveau provincial, pour des prévalences dans la population de 10 % ou plus. Le programme est en constante évolution afin de demeurer flexible et pertinent et de répondre adéquatement aux demandes.

Le premier défi du programme a été de mesurer la sensibilisation aux opioïdes chez les personnes de 18 ans ou plus dans la population, en réaction à la crise du fentanyl. Les résultats publiés en janvier 2018 montraient que seulement 28 % de la population saurait reconnaître les symptômes d’une surdose aux opioïdes, et seulement 10 % disaient savoir comment administrer le naloxone. Le succès de cette première enquête du programme de Données rapides a pavé la voie aux nombreuses enquêtes subséquentes du programme. Par exemple, en 2017, suite à l’annonce d’une légalisation prochaine du cannabis pour consommation récréative au Canada, des données devaient être obtenues rapidement afin de mesurer l’impact de ce changement législatif. Ainsi, l’Enquête nationale sur le cannabis est née, et est devenue la première enquête à être conduite sur une base régulière via le programme de Données rapides. La mise en place rapide de cette enquête a permis de mesurer la proportion de Canadiens âgés de 15 ans ou plus ayant consommé du cannabis, et ce, avant et après la légalisation du cannabis pour consommation récréative. Ainsi, au premier trimestre de 2019, qui couvrait entièrement une période de référence post-légalisation, l’enquête a montré que la consommation de cannabis (au cours des trois derniers mois) est passée de 14 à 18 % au Canada. Cette enquête mesure de nombreuses caractéristiques, notamment les produits consommés, la fréquence de consommation, la source pour les achats de cannabis et la conduite automobile après avoir consommé du cannabis.

Ces deux premières enquêtes du programme de Données rapides partageaient une stratégie d’échantillonnage commune, soit la sélection de ménages via leur adresse, puis celle d’un individu parmi les membres du ménage sélectionné. Afin de demeurer flexibles et de répondre aux besoins variés de nos partenaires, nous avons par la suite conduit deux enquêtes avec répondants ciblés portant sur la garde d’enfants et la santé maternelle. Nous apprenions ainsi que 60 % des enfants de 0 à 5 ans recevaient des services de garde au Canada en 2019. Certaines différences importantes ont aussi été relevées entre les provinces et territoires au chapitre des modes de garde : environ 43 % des enfants âgés de 0 à 5 ans confiés à des services de garde fréquentaient une garderie ou un programme préscolaire à Terre-Neuve-et-Labrador, comparativement à 73 % au Yukon.

Pour les méthodologistes et statisticiens qui travaillent à l’élaboration et au traitement de ces enquêtes, il s’agit d’un défi intéressant. Le but premier du programme de Données rapides est de produire des données pertinentes, tant par le thème abordé dans l’enquête que par le moment auquel l’information est diffusée, c’est-à-dire l’actualité du produit final. Pour atteindre ce but, certains autres éléments dictant la qualité globale du produit final doivent alors être ajustés. Par exemple, les tailles d’échantillon étant habituellement réduites pour ces enquêtes, la précision des estimations finales se voit elle aussi réduite. Il s’agit donc ici d’établir le juste niveau de précision permettant de réduire la taille d’échantillon (accélérant la collecte), tout en maintenant la capacité d’inférer à l’échelle de la population, et ce, avec un niveau de précision acceptable.

François Brisebois et Catherine Deshaies-Moreault

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