Le miracle : une supercherie statistique?

le 19 avril 2016 à 15:36
dtalbot

L’autre jour, je discutais avec mon collègue et ami, René Morissette (brillant économiste du marché du travail), lorsque le sujet de la conversation a glissé vers les miracles. René m’a alors dit que les miracles sont probablement des « supercheries statistiques. » Cette façon de voir les miracles m’a tout de suite interpellé. Tout d’abord, qu’est-ce qu’un miracle? D’après le Petit Larousse de 1991 (celui que j’avais acheté à Luxembourg lorsque j’y habitais et qui a pour moi une grande valeur sentimentale, mais ça, c’est une autre histoire…), un miracle est un phénomène interprété comme une intervention divine. Le Larousse donne aussi la définition selon laquelle un miracle est un fait, un résultat étonnant, extraordinaire, ou encore un hasard merveilleux, une chance  exceptionnelle.

 

Maintenant, regardons le miracle d’un point de vue statistique. Pour avoir un « résultat étonnant », il faut que celui-ci sorte de l’ordinaire. Il faut donc que le miracle ait une petite probabilité de survenir, qu’il soit un événement rare. Si on considère la loi normale, le miracle correspondrait aux valeurs situées aux queues extrêmes de la distribution. Si on regarde la probabilité de survie à tel ou tel cancer, le fait qu’une personne s’en sorte lorsque la probabilité est excessivement faible relèverait alors du miracle.

 

Donc, le miracle serait un événement qui sort de l’intervalle statistiquement reconnu comme étant la norme. Ainsi, si un tel événement survient — ce qui, par définition, est très improbable —, on dit alors souvent que c’est un miracle. Notons qu’au fur et à mesure que la science évolue, on repousse les normes ou, en d’autres mots, on élargit les intervalles statistiques reliés à ces normes. Autrement dit, on assiste à de moins en moins de miracles.

 

Je conclus ici en mentionnant qu’effectivement on peut voir le miracle comme une « supercherie statistique », à savoir un événement qui n’a que la particularité de sortir de l’intervalle statistique normatif. Un miracle ne serait donc qu’un événement (ou un point sur la distribution) qui survient, même si la probabilité qu’il survienne est extrêmement faible. Mais pourquoi surviennent ces événements improbables? Il faut croire que cela relève probablement du miracle…

Pierre Lavallée,

Statistique Canada

 

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