Bannir l’inférence statistique ?

le 19 avril 2015 à 19:27
dtalbot

Peut-être vous souvenez-vous des deux derniers articles que j’ai écrits concernant la fameuse valeur-p ? Il y a eu premièrement cet article où je résumais une publication scientifique critique de l’utilisation habituelle de la valeur-p et suggérant une approche alternative menant à des interprétations plus nuancées. Il y a eu également ce second article, qui faisait suite à une publication dans Le Soleil et dans La Presse où la valeur-p était de nouveau placée sur le banc des accusés. Je discutais du problème de non-reproductibilité de la recherche et je proposais huit recommandations pour lutter contre ce problème.

 

Il n’était pas de mon intention d’écrire une troisième chronique sur le sujet, mais l’actualité m’a de nouveau rattrapé. Cette fois, une revue scientifique en psychologie, Basic and Applied Social Psychology, a décidé de bannir l’inférence statistique de ses pages, ni plus ni moins ! Il s’agit de leur « solution » pour contrer le problème de non-reproductibilité de la recherche ! Plus de valeurs-p, plus d’intervalles de confiance, un « peut-être » à l’inférence Bayésienne, selon le contexte. Pour remplacer tout ça ? Des statistiques descriptives, des tailles d’effet et des tailles d’échantillon plus grandes, mais sans plus de précision.

 

Pas besoin de vous dire que cette décision fait actuellement des vagues dans la communauté statistique internationale. On en parle évidemment sur reddit, mais de grandes associations statistiques se sont également jointes au débat. Notamment, la Royal Statistical Society a sollicité l’opinion de certains statisticiens de renom sur le sujet et l’American Statistical Association a élaboré un groupe de travail concernant l’inférence statistique qui devra émettre des recommandations pour une utilisation appropriée d’ici la fin de l’année.

 

Quand on y pense, c’est fou de constater que quelque chose d’aussi fondamental au domaine de la statistique demeure de nos jours un sujet aussi controversé. À votre avis, afin de promouvoir une pratique appropriée de la statistique, l’ASSQ devrait-elle elle aussi se prononcer sur le sujet de l’inférence statistique ? Vos opinions sont les bienvenues !

 

Denis Talbot, rédacteur en chef

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