Réfléchir grâce à la statistique

le 12 mai 2014 à 17:52
dtalbot

L’autre jour, je lisais l’excellent roman de Paul Cleave, « Nécrologie » (Éditions France Loisirs), lorsque je suis tombé sur ce passage :

«Quentin James a été rattrapé en moins d’une heure. Son 4 x 4 avec les barres antibuffles à l’avant, qui n’avait jamais roulé ailleurs que sur des routes depuis quatre ans qu’il le possédait, a été confisqué. Il a été inculpé pour homicide involontaire et conduite imprudente, mais il aurait dû être inculpé pour meurtre. Je n’ai jamais compris ça. Il avait choisi de rouler saoul. Il avait choisi de le faire chaque foutu jour de sa vie. Ce qui signifie qu’il n’était pas question de destin ni de malchance, mais d’un choix conscient. Et aussi de statistique. C’était mathématique. Ça devait arriver. Envoyez un ivrogne sur les routes chaque jour et il finira par tuer quelqu’un. C’est forcé, de la même manière que si vous lancez encore et encore une pièce en l’air elle finira obligatoirement par atterrir du côté pile.»

Plusieurs personnes croient que la statistique, et surtout les statistiques, ne sont que de la production de chiffres destinés à garnir les tablettes de nos dirigeants. C’est vrai que quelquefois on se pose la question, à savoir à quoi peut bien servir de produire telle statistique ou telle autre, et pourquoi il est important qu’elle soit précise. Ajoutons à cela le calcul de la probabilité de certains événements. Quelle que soit la probabilité calculée, on finit toujours par s’étonner, que l’événement ait eu lieu ou non.

C’est lorsqu’on voit des exemples simples de l’usage des statistiques et des probabilités, ou des anecdotes reliées à ces dernières que l’on se met à réfléchir sur ce que devrait être leur première utilisation : la prise de décision éclairée. Pour ce faire, Pieter Hofstra, logicien au département de mathématiques et de statistique de la Faculté des sciences de l’Université d’Ottawa, a créé le cours « Probabilités et jeux de hasard : Poker 101 ». Il s’agit d’une introduction à la théorie des probabilités. La théorie et les fondements mathématiques des jeux de hasard sont démontrés par leur application au jeu de poker.

« La raison pour laquelle j’ai créé le cours, c’est parce qu’à la base, j’aime le poker et les mathématiques. Je pense que les deux sont reliés. C’est important de bien comprendre les mathématiques pour bien jouer. Avec l’engouement autour du poker, je trouvais que c’était une belle opportunité d’intéresser un public plus large aux mathématiques », a expliqué M. Hofstra au journal Le Droit du 4 mars 2014.

Ce cours se veut une façon d’encourager la réflexion selon des principes mathématiques lors de situations vécues quotidiennement. M. Hofstra a donné en exemple des gens qui doivent négocier un salaire ou toute autre situation dans le domaine des affaires. Dans son cours, les étudiants analysent des mains de poker, voient quelle stratégie un joueur aurait dû privilégier et d’autres facettes des jeux de hasard.

Avec le contenu de ce cours, peut-être que Quentin James n’aurait pas conduit en état d’ébriété sachant que ça allait lui arriver un jour; il a fait ce choix sans connaître les probabilités.

Est-ce que ça vous fait réfléchir? Moi si.

Pierre Lavallée, statistique Canada

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