Ce que vous ne verrez pas en venant à Saguenay…

le 23 janvier 2013 à 09:55
dtalbot

Voici un article où le raisonnement mathématique s’allie à l’attrait touristique de la ville de Saguenay :

Je sens déjà que le titre de mon article en surprend/intrigue/choque/horripile plusieurs par son caractère peu orthodoxe. En effet, à quoi bon parler de ce qu’on ne verra pas à une place donnée? Vous me direz : « Aussi bien parler de ce qui y sera, c’est beaucoup plus intéressant ! » Bien qu’en surface cela semble en effet assez défendable comme idée, il n’en est strictement rien et mon raisonnement est le suivant :

Prenons la composante X (soit ce qu’il y a à voir à Saguenay) et la composante Y (ce qu’il n’y a pas à voir à Saguenay). Supposons également que X’ est la composante qui signifie que vous avez réellement vu ce qu’il y a (donc que vous êtes physiquement allé à Saguenay) et que Y’ est la composante qui signifie que vous avez vu de vos propres yeux ce qu’il n’y a pas à voir (aussi appelée chiffre du menteur, parce que c’est impossible d’avoir cette composante sans mentir… vous en conviendrez vous-mêmes). Maintenant, analysons les différentes situations possibles, avec les composantes que vous obtiendriez.

  1. Je fais un article sur ce qu’il y a à voir : X+X’ (je mets un X’ car je ne doute point un instant que vous cocherez Saguenay, sages, avertis et prévoyants comme vous êtes)
  2. Je fais un article sur ce qu’il n’y a pas à voir : Y+X’
  3. Je fais un article sur les chats : Y’+Z (étant la constante du miaou). Pourquoi le Y’? Parce que les gens qui apprécient les chats sont en général de vils menteurs.

On voit donc, à la lumière de cette rigoureuse analyse, que d’un côté l’on obtient une redondance (X+X’) et que de l’autre l’on obtient un élément de variété (Y+X’). Avec l’un, on sait doublement ce qu’il y a à voir en étant dans l’ignorance totale sur ce qu’il n’y a pas à voir, tandis qu’avec l’autre on sait autant ce qu’il y a à voir qu’à ne pas voir.

Maintenant que vous êtes persuadés de l’importance de connaître ce qu’il n’y a pas dans notre magnifique ville universitaire, je me dois de vous livrer la marchandise, non? C’est un peu, comme qui dirait, une entente non écrite entre vous et moi : vous vous avouez convaincu par mon raisonnement, je vous donne ce que je vous ai promis. Sans cela, le lien de confiance est rompu et j’aurais été, ma foi, bien vilain avec vous.

Mais qu’arriverait-il si je décidais de rompre ce précieux lien et de me moquer de vous, de ne pas vous livrer le tant convoité fruit de la connaissance? Et si vraiment j’étais une mauvaise personne qui fait de faux accroires à ses lecteurs? Cela me rappelle une anecdote ! En 1926, un journaliste de nom de Frank DiCocasio avait fait un coup semblable.

Et je ne veux, pour tout l’or du monde, surtout pas ressembler à ce DiCocasio que je déteste tant. Alors voici, sans plus attendre, ce que vous ne verrez pas à Saguenay :

John F. Kennedy

Et c’est logique, parce que je crois pouvoir affirmer, sans trop me compromettre, qu’il est mort (le Zapruder film vous en convaincra, si vous êtes sceptiques). Sur ce, je vous souhaite bien du succès et j’espère vous voir en septembre prochain sur notre magnifique site de Saguenay !

Benjamin Phaneuf, Université de Sherbrooke, Campus de Chicoutimi

[Article tiré de L’Influx, le journal de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, Vol. 18, No 4, avril 2011]

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