Six livres de polygraphie

le 15 octobre 2012 à 15:09
dtalbot

Johannes Trithemius (1462-1516), Abu ibn Ishaq Al-Sabbah Al-Kindi (801-873)

Aujourd’hui, la théorie mathématique est un aspect essentiel de la cryptographie. Cependant, à une époque reculée, c’était les cryptogrammes par substitution, dans lesquelles les lettres d’un message étaient remplacées par d’autres lettres, qui étaient souvent utilisés. Par exemple, CHAT devient DIBU si nous remplaçons chaque lettre du mot CHAT par la lettre suivante de l’alphabet. Bien sûr, des cryptogrammes aussi élémentaires deviennent très faciles à décoder après la découverte de l’analyse des fréquences par l’érudit arabe Al-Kindi au IXe siècle, par exemple. Cette méthode analyse les lettres qui apparaissent le plus fréquemment dans une langue donnée, comme ETAION SHRDLU en anglais, et utilise ces informations pour résoudre les codes de substitution. Il est également possible d’utiliser des statistiques plus complexes, comme le nombre de paires de lettres. Par exemple, en français, la lettre Q est presque toujours associée à la lettre U.

Le premier ouvrage imprimé sur la cryptographie, Polygraphiae Libri Sex (Six livres de polygraphie), fut écrit par l’abbé allemand Johannes Trithemius et publié après sa mort, en 1518. Il contient des centaines de colonnes de mots latins, disposés sous forme de deux colonnes par page. Chaque mot correspond à une lettre de l’alphabet. La première page se présente ainsi :

a : Deus         a : clemens

b : Creator   b : clementissimus

c : Conditor c : pius

Pour coder un message, on utilise un mot pour représenter une lettre. Trithemius a construit les tables de telle sorte que le passage codé ressemble à une véritable prière. Par exemple, si les deux premières lettres d’un message étaient CA, la prière commençait par les deux mots Conditor clemens (Créateur miséricordieux). Les autres livres présentent des méthodes cryptographiques plus sophistiquées, ainsi que des tables, destinées à masquer les informations de façon plus créative.

Trithemius

Un autre écrit célèbre de Trithemius, Steganographia (Stéganographie), écrit en 1499 et publié en 1606, fut mis à l’index par l’église catholique, car considéré comme un ouvrage sur la magie noire, alors qu’il ne s’agissait en réalité que d’un autre livre sur l’art de crypter les messages.

[Tiré de Pickover, C.A. (2010), Le beau Livre des Maths, De Pythagore à la 57e dimension, Dunod, Paris.]

Pierre Lavallée,

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